La fin de Sion

The end of Zion

Comment l’ONU a rayé la Palestine de la carte.

Publié par alkali sur mars 12, 2008

 

Extraits de Comment l’ONU a rayé la Palestine de la carte.

Ce texte extrait du Manifeste pour l’éradication du sionisme

Téléchargeable Là Manifeste pour l’éradication du sionisme.

I / Comment l’ONU a rayé la Palestine de la carte.

Comment l’ONU a rayé la Palestine de la carte Contrairement aux affirmations des responsables politiques des grandes
puissances, l’ONU n’a aucune vocation à créer le droit international. Sa vocation définie dans la Charte se limite à contribuer au maintien de la paix et à empêcher les conflits entre pays. Créer une entité juridique telle qu’un Etat est de sa part un abus manifeste de pouvoir, même si la résolution 181 de novembre 1947 a été déclinée sur le seul mode de la ‘recommandation’. Car l’idée même de création d’un régime politique nouveau relève du principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, affirmé dans le § 2 de l’Article 1er de la Charte : « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. » Plus loin, la Charte rappelle le même principe « de tenir compte des aspirations politiques des populations » (Article 73b) auquel l’Etat doit obéir dans son rapport aux populations sous sa tutelle ou sous son mandat. C’est le cas de la Grande Bretagne chargée par la SDN du mandat sur la Palestine. Or, quand la SDN a cessé d’exister lors de la Deuxième Guerre mondiale, le Royaume-Uni aurait dû dès la création de l’ONU et en tant que membre fondateur faire appel à elle aux fins de se conformer à l’Article 73b et plus généralement à l’Article 1er § 2 réaffirmant le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Or, le Royaume-Uni a refusé d’assumer cette responsabilité définie par la Charte et au lieu d’organiser un référendum en Palestine pour que la population de Palestine décide de son sort, il a eu recours à un subterfuge remarquable consistant à remettre la décision politique du sort de la Palestine entre les mains des pays membres de l’ONU, au lieu de s’en référer à la volonté des habitants de la Palestine. Il y a là une violation flagrante des fondements de la Charte des Nations Unies. Mais, ce coup monté par le Royaume-Uni n’avait aucune chance de réussir sans la complicité de l’Organisation des Nations Unies elle-même. C’est ce que nous allons voir en détail. Un coup d’Etat international Le drame a commencé en ce 2 avril 1947, quand, selon un document officiel de l’ONU, « la délégation du Royaume-Uni a adressé au Secrétaire Général par intérim des Nations Unies une lettre demandant l’inscription de la question de la Palestine à l’ordre du jour de la prochaine session ordinaire de l’Assemblée Générale et la convocation […] d’une session extraordinaire aux fins de créer et de constituer une commission spéciale chargée de soumettre à l’examen de la prochaine session régulière de l’Assemblée Générale un rapport sur la question de la Palestine et définissant le mandat de cette commission. La délégation du Royaume-Uni […] demanderait à l’Assemblée de formuler des recommandations sur le gouvernement futur de la Palestine, conformément à l’Article 10 de la Charte ». [Rapport de la Commission Spéciale pour la Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies – 31 août 1947, § 1er.] Tels sont les termes mêmes du coup d’État international préparé par lesgrandes puissances pour contourner les dispositions énoncées par la Charte sur le droit du peuple de Palestine à exercer sa souveraineté.

Le Royaume-Uni a fait semblant de ployer sous un mystérieux fardeau qu’il a appelé la « question de la Palestine » si lourd à porter qu’il en a appelé au secours de l’ONU pour la « résoudre ». Ainsi est née de toutes pièces la « question de la Palestine ». De plus, la « question de la Palestine » n’est une « question » que pour les sionistes tels que Balfour, la SDN et l’ONU. Tous ceux-ci ont créé de toutes pièces la « question » palestinienne qui n’a jamais existé depuis que la Palestine existe.

Pour les Palestiniens, il n’existe pas de « question » palestinienne, il existe seulement une « question coloniale occidentale » dont l’origine est précisément la Déclaration Balfour et le Mandat britannique. C’est plutôt, dirions-nous, le Royaume-Uni qui constitue « la question », lui qui a accepté d’être la couverture militaire et politique de l’instauration du soi-disant « Foyer National juif » en terre de Palestine. S’il y a une « question », elle ne peut être autre que la décision de l’Assemblée Générale de l’ONU de ‘partager’ la Palestine. La Palestine n’a à aucun moment constitué ou souffert d’autres « questions » que celles imposées autoritairement par les grandes puissances. Que demande le Royaume-Uni aux Nations Unies ? : « de formuler des recommandations sur le gouvernement futur de la Palestine, conformément à l’Article 10 de la Charte ». Voici donc que l’on charge une commission de faire des « recommandations » sur le sort politique de la Palestine et pour justifier le recours à celle-ci, le Royaume-Uni en appelle à l’Article 10 de la Charte. Or voici ce que dit l’Article 10 : « L’Assemblée générale peut discuter toutes questions ou affaires rentrant dans le cadre de la présente Charte ou se rapportant aux pouvoirs et fonctions de l’un quelconque des organes prévus dans la présente Charte, et, sous réserve des dispositions de l’Article 12, formuler sur ces questions ou affaires des 7 recommandations aux Membres de l’Organisation des Nations Unies, au Conseil desécurité, ou aux Membres de l’Organisation et au Conseil de sécurité. » On le voit, invoquer cet Article 10 pour justifier la manoeuvre, est une pure supercherie. Cet Article dit bien que les recommandations que l’Assemblée générale pourrait formuler ne peuvent concerner que ce « qui rentre dans le cadre de la présente Charte ». Or le cadre de la Charte, on l’a vu, ne dépasse pas les questions de sécurité et de paix dans le monde, et ne touche nullement les questions politiques qui relèvent, elles, de la souveraineté des États, et en cas d’absence d’État, relèvent de la souveraineté populaire reconnue par la Charte à travers le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il y a là une manoeuvre frauduleuse, mais, naturellement, la demande du Royaume-Uni a été acceptée sans autre forme de procès par le Bureau de l’Assemblée : En recevant la lettre que lui a destinée le Royaume-Uni le 2 avril 1947, le Secrétaire Général n’a pas, comme il se devait, rejeté son contenu pour irrecevabilité. Il est vrai qu’en cela il n’a fait que se conformer à ses compétences « administratives » en tant que « le plus haut fonctionnaire de l’Organisation » (Article 97 de la Charte). Le Secrétaire Général n’a pas à apprécier le contenu des lettres reçues, comme tout secrétaire qui ouvre le courrier. Le Secrétaire Général des Nations Unies remet alors ce courrier à l’organe politique de l’Assemblée Générale qu’est son Bureau. Jusque là rien à signaler. Mais, après avoir examiné la lettre du Royaume-Uni, le Bureau « recommanda l’inscription à l’ordre du jour et le renvoi à la première commission du point soumis par le Gouvernement du Royaume-Uni ». [Rapport de la Commission Spéciale pour la Palestine à l’Assemblée Générale des Nations Unies – 31 août 1947, § 4.] En somme, le Bureau de l’Assemblée Générale, en décidant l’inscription à l’ordre du jour du sort de la Palestine, prononce implicitement un jugement favorable sur la question de la recevabilité de la demande du Royaume- Uni, sachant pertinemment que la Charte s’y oppose catégoriquement. Cette
acceptation abusive de la demande du Royaume-Uni constitue l’acte initial et décisif de la violation de l’esprit et de la lettre de la Charte, et du déclenchement du processus de l’éradication juridique de la Palestine de la carte.

En fait, ce véritable coup d’État international a été organisé par le Royaume-Uni, les Nations-Unies et les États-Unis. L’acte final ‘juridique’ du ‘coup’ est scellé. Désormais, il existe une « question de la Palestine », et cette question est désormais du ressort de la volonté des États membres de l’Organisation et non plus du peuple de la Palestine. L’acceptation de la proposition du Royaume-Uni par le Bureau ne manque pas d’un cruel cynisme. Alors que ce Bureau accepte une proposition britannique qui ne relève pas de la compétence de l’ONU, il a l’audace de rejeter la contre proposition arabe demandant l’indépendance de la Palestine : « Cinq États membres (Arabie saoudite, Égypte, Irak, Liban, Syrie) demandèrent au Secrétaire général d’ajouter le point supplémentaire suivant à l’ordre du jour de la session extraordinaire : Cessation du mandat sur la Palestine et proclamation de l’indépendance de ce pays. » Le Bureau rejeta simplement l’inscription de cette demande à l’ordre du jour. L’ONU, une illusion couvrant un syndicat de puissants Bien sûr, cette malversation juridico-politique est pleine d’enseignements sur la nature et le fonctionnement de l’Organisation des Nations Unies. Et nous sommes ici au centre du système politique mondial tel qu’il a été forgé vers la fin du dernier conflit mondial. Ce nouveau système mondial n’est en fait pas si nouveau que cela. Il prolonge celui de la SDN créée elle aussi au lendemain d’un conflit mondial. Ces organismes qui promettent la paix universelle reposent sur la doctrine qui prétend que la légitimité doit procéder du sabre ou du canon. Le puissant aurait le droit sacré de faire régner l’ordre et la justice. En somme le Roi de la jungle est investi du pouvoir de ‘paix’ sur les autres animaux, et le loup est investi du devoir de faire régner la ‘paix’ dans le poulailler. C’est pourquoi l’exemple de la Palestine est un ‘cas d’école’ pour qui voudrait découvrir la
véritable nature de notre ‘ordre’ mondial. Parallèlement, l’on nous fait croire que l’ONU est une institution extra étatique, qu’elle prend des décisions indépendamment des États qui la composent. C’est là une illusion entretenue par les promoteurs de cet organisme dès ses origines. L’organisation des Nations Unies n’est rien d’autre qu’un syndicat des
grandes puissances ayant toute latitude pour imposer leur volonté sur toutes les autres nations du monde en faisant passer leur volonté pour la volonté d’un organisme neutre. Dès 1922, lors de son discours devant la SDN, Lord Balfour a eu en sa
qualité de Président du Conseil britannique, à désillusionner ceux qui ont eu la naïveté de croire que la SDN était un organisme souverain décidant elle-même de la gestion des mandats. Erreur, s’écrie Balfour : « Les mandats n’ont pas été créés par la Société des Nations, qui ne peut pas en modifier le caractère. Le mandat est, par définition, une limitation que des vainqueurs s’imposent à eux-mêmes dans l’exercice de leur souveraineté sur les territoires conquis. Les puissances alliées et associées se sont imposées cette limitation pour assurer ce qu’elles croyaient être l’intérêt de l’humanité et elles ont demandé à la Société des Nations de les aider dans l’application de cette politique générale. Mais la Société des Nations n’est pas la créatrice [de cette limitation] ; elle n’est que l’instrument de cette politique. Ce n’est pas elle qui a inventé le système des mandats ; ce n’est pas elle qui a posé les règles définissant les trois types de mandats. Son devoir, je le répète, est de veiller, en premier lieu, à ce que les termes des mandats soient conformes aux principes du 9 Pacte et en second lieu, à ce que les termes règlent véritablement la ligne de conduite des puissances mandataires, dans les territoires sous mandat.’ [Propos cités dans le même Rapport de la Commission sur la Palestine à son § 180 qui les rapporte d’après le Troisième annuaire de la Société des Nations, par Charles L. Levermore, 1922, p. 147.] Eblouissante leçon de choses en matière de fondements du système politique mondial. La SDN est la porte-parole des ‘puissances alliées’. Elle oeuvre
sous leurs ordres et leur contrôle. Il en va de même des Nations Unies. L’État d’Israël, comme le ‘Mandat’ sur la Palestine, est le produit de la volonté des puissants, et non le produit d’une décision propre à l’ONU. Tout le reste n’est qu’illusion, seule raison d’être de ces ‘machins’, pour reprendre l’expression de quelqu’un qui s’y connaissait. En fait, la SDN et l’ONU sont des syndicats des vainqueurs de la guerre, qui se réunissent pour se partager ‘en bonne entente’ et ‘en paix’ les dépouilles de leurs victimes, exactement comme les seigneurs de la jungle. Tous, la main sur le coeur, jurent qu’ils n’aspirent qu’à la ‘paix’. Et ils ont raison : c’est la paix entre les vainqueurs qu’ils recherchent, en imposant LEUR paix (cf. la pax romana) aux peuples vaincus ou susceptibles d’être soumis, colonisés ou exterminés par eux. La SDN et l’ONU ont rendu effectivement service à la paix entre les vainqueurs afin qu’ils se partagent le gâteau au moyen de la ‘réconciliation’, et non de la guerre. Quant aux vaincus et aux faibles, ils croient que les soupirs de ‘paix’ s’adressent à eux, et se laissent bercer par cette douce illusion jusqu’au prochain ‘conflit’ ou à la prochaine ‘conquête militaire’ qui les arrachent alors à leurs rêveries. La ‘paix’ proclamée en 1945 par la Charte des Nations Unies n’a eu aucun effet sur les peuples martyrisés par les grandes puissances signataires de la Charte. Aucune colonie n’a été libérée par l’ONU ou sous son autorité, chose exclue même par son statut. Bien plus, pour le cas de la Palestine, l’on a utilisé les instances de l’ONU pour légitimer une entreprise coloniale et la consacrer en un État reconnu. C’est pourquoi la Palestine reste un véritable monument vivant de l’ordre mondial colonial déguisé en ‘messager de la paix’. Le statut même de l’organisme onusien illustre bien sa nature prédatrice. C’est, on l’a vu, le Bureau de l’Assemblée générale qui a pris la décision de statuer sur le sort de la Palestine, en violation de sa propre Charte. Ainsi, le Bureau de l’AG a un pouvoir discrétionnaire, arbitraire et irrévocable. Ce dispositif est complété par un autre : le Bureau a la capacité d’interdire à une partie lésée par une décision onusienne d’avoir un recours juridique, nommément à la Cour Internationale de Justice. C’est ce qui s’est passé lors de la soumission de la
‘question’ palestinienne à l’ONU. Les demandes de recours des pays arabes à l’arbitrage de la CIJ au sujet de la légitimité des décisions onusiennes ont été écartées conformément au § 1 de Article 96 de la Charte qui stipule que L’Assemblée Générale ou le Conseil de Sécurité peut demander à la Cour Internationale de Justice un avis consultatif sur toute question juridique. » En clair, 10 les membres de l’ONU sont, eux, en tant qu’individualités, exclus de tout recours en justice sur la légitimité des décisions de l’Assemblée Générale ou du Conseil de Sécurité. Ce déni de justice est encore la règle de nos jours. L’ONU est un monument remarquable et organisé de l’état de non-droit. Balfour, la SDN et l’ONU : une continuité
Le forfait commis par le Bureau de l’Assemblée Générale a pourtant été voué en toute simplicité dans le Rapport du 31 août 1947, § 176, de la Commission Spéciale pour la Palestine : « En ce qui concerne le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, s’il a été internationalement reconnu à la fin de la Première Guerre mondiale et s’il a été admis en ce qui concerne les autres territoires arabes à l’époque de la création des mandats « A », il ne s’appliquait pas à la Palestine, car on avait sans doute l’intention de permettre la création d’un foyer national juif dans ce pays. En fait, il est permis de dire que le foyer national juif et le Mandat conçu spécialement pour la Palestine vont à l’encontre de ce principe. »
Le soutien apporté au sionisme par les grandes puissances a un objectif évident de nature stratégique. Il a été formulé en toutes lettres dans un document secret américain peu avant la décision du partage de la Palestine, évoquant « l’importance stratégique et économique qu’offre la Palestine et les pays voisins pour le pétrole américain, l’aviation et les télécommunications. » [Mémorandum préparé par la Division des Affaires du Proche-Orient au Département d’État
américain, en date du 14 janvier 1947, in Foreign Relations of the US 1947, vol. 5, Washington, 1971, p. 1004.] Cet aveu résume toute l’affaire palestinienne depuis la Déclaration Balfour jusqu’à nos jours. Le mythe du ‘partage’ Pour légitimer l’entité sioniste, l’on a violé la Charte, tout en faisant croire à la ‘neutralité’ de l’ONU. Mais, les choses ne s’arrêtent pas là : l’on a aussi fait croire que le droit des victimes a été respecté. Pour cela, l’on a inventé le concept de ‘partage’ : il a été décidé de ‘partager’ la terre de Palestine en deux États. Là aussi : une imposture. On laisse entendre que dans son souci d’équité entre deux parties en conflit, l’on procède à un compromis, une sorte de conciliation équitable. Or, l’affaire palestinienne ne concerne pas un conflit territorial. Elle concerne un droit, en l’occurrence un droit à la vie, le droit d’un peuple de vivre sur sa terre. Et pour trancher une question de droit l’on ne peut trancher un droit en deux, ou un
objet volé en deux, moitié pour le voleur et moitié pour la victime. Le juge doit déterminer une question de droit : à qui appartient l’objet en question. Or, 11 l’Assemblée Générale des Nations Unies n’a pas déterminé à qui appartient la terre
de Palestine. Elle a rendu sa décision comme s’il s’agissait d’un conflit frontalier entre deux États. Et elle ne pouvait décider à qui la terre de Palestine appartenait, parce qu’elle serait obligée de dire qu’elle appartient à ses habitants autochtones, ce
qui ne l’arrangeait point. Ainsi, le concept de ‘partage’ donne l’illusion de l’équité ou de justice, alors qu’il masque une spoliation, la négation d’un droit, la négation de l’équité et de la justice. Cette manoeuvre de prestidigitation juridico-politique constitue en fait le pendant à la fameuse Déclaration Balfour, source du ‘droit’ sioniste international.
Cette Déclaration est un engagement de la puissance britannique à créer un ‘Foyer national juif’ en terre de Palestine. Il n’y a là, avec Balfour, point de ‘partage’, seulement l’affirmation de la volonté d’instaurer une entité politique à leur solde,
sous couvert d’une identité religieuse supposée ‘raciale’ attribuée au judaïsme. Cette volonté d’ériger un pouvoir politique étranger en lieu et place d’une population autochtone ne pouvait être affirmée avec une telle brutalité. Il avait fallu
la modérer par deux promesses illusoires, car contraires au projet défendu. C’est pourtant ainsi que la Déclaration Balfour a été formulée : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national
pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni
aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays. » Les deux dispositifs de sécurité adjoints au projet principal du Foyer national sont d’une haute importance pour notre propos et méritent que l’on s’y arrête
brièvement. Prenons tout d’abord le second dispositif conçu au profit des juifs dans le monde. Il est clair que le projet du soi-disant Foyer national juif a pour conséquence immédiate et logique de mettre en péril les droits et l’existence même
des juifs vivant dans leurs pays d’origine. C’est ce que ce que ce dispositif de sécurité reconnaît : la nature antisémite du projet sioniste. Celui-ci a pour objectif la déportation des juifs au nom d’un supposé caractère étranger que les antisémites
leur attribuent, opinion partagée et défendue jusqu’à nos jours par le sionisme et leurs amis politiques. Pour tempérer l’antisémitisme dont le projet du Foyer national est porteur, la Déclaration a anticipé cet effet, en formulant des voeux
‘pieux’ pour limier les dégâts et défendre les ‘droits’ des juifs dans leurs pays natals. Quant au premier dispositif de sécurité, nous y retrouvons la même hypocrisie. Ici ce sont les droits des habitants de la Palestine qui sont concernés, car
mis directement et naturellement en cause par le projet sioniste. De toute évidence, le Foyer national juif ne pourrait être réalisé sans l’élimination politique et démographique des autochtones que la Déclaration ne désigne même pas nommément. En ignorant l’identité ‘arabe’ des Palestiniens – qu’ils soient juifs, 12 chrétiens ou musulmans – la Déclaration avoue déjà son intention génocidaire, au sens juridique du terme. D’où le voeu pieux de préserver les ‘droits’ des autochtones, sans que l’on ait expliqué comment, d’autant que la Déclaration les prive des droits ‘politiques’, contrairement aux droits qu’elle y accorde aux juifs de la ‘diaspora’. D’où le paradoxe : les juifs de la diaspora doivent garder leurs droits
politiques acquis dans leurs pays d’origine, alors que les populations autochtones palestiniennes sont invitées à s’en dessaisir dans leur propre pays ! Naturellement ces droits politiques de la population palestinienne sont incompatibles avec ceux promis au Foyer national juif en Palestine. Ainsi, dès la Déclaration Balfour, l’on a ouvertement spolié les Palestiniens de leurs droits politiques, prélude à la spoliation des autres droits, jusqu’au droit à la vie. Nous devons ouvrir ici une brève parenthèse pour signaler que le sionisme en général et la Déclaration Balfour en particulier sont à l’origine de la mise en
question des droits des juifs à la citoyenneté dans leurs pays d’origine. Cela n’a pas été sans conséquence lors de l’émergence des mouvements fascistes en Europe, conduisant au drame du judaïsme pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le dispositif introduit dans la Déclaration Balfour pour la préservation des droits politiques des juifs vivant hors de la Palestine, loin de constituer une quelconque protection des droits acquis par les juifs en diaspora, constitue l’aveu implicite de ce qu’implique fatalement la mise en oeuvre du projet sioniste : la mise en question du droit des juifs à vivre parmi les nations du monde, comme s’ils étaient des étrangers dans leurs propres pays, puisque le sionisme fait des juifs une ‘nation’ à part, une ‘nation’ étrangère, appelée à se rassembler dans un ‘Foyer national’, avec un drapeau, des armes et des frontières à elle. Comment les promoteurs d’un tel ‘Foyer’ pourront-ils défendre sérieusement les droits citoyens des juifs dans le monde, après en avoir fait un État étranger ? Quand l’ONU a décidé du sort de la Palestine, elle a promu, on l’a vu, l’idée du ‘partage’. Mais ce ‘partage’ est une fausse monnaie tout comme l’idée de ‘Foyer national’. Le ‘Foyer national’ joue sur l’ambiguïté puisqu’il évite, pour des raisons diplomatiques, de parler d’un ‘État juif’ en Palestine, objectif fondamental du mouvement sioniste. De même qu’en 1947, le terme de ‘partage’ donne l’illusion d’une solution équitable et en retrait par rapport à la promesse de Balfour, puisque l’on concède la moitié de la Palestine aux Palestiniens. Ce n’est là aussi qu’une illusion, un habile tour de passe-passe. En effet, Balfour a promis ‘toute’ la Palestine au soi-disant ‘Foyer national juif’. Il n’y a là pas la trace du moindre ‘partage’. La SDN a chargé le Royaume- Uni de servir de tutelle pour la mise sur pied du ‘Foyer national’ sur toute la Palestine et non sur une portion de la Palestine. De sorte que depuis 1922 jusqu’en 1947, c’est un véritable État juif qui a progressivement vu le jour dès les premières années du Mandat avec son appareil administratif et militaro-sécuritaire. Cet ‘État juif’ était caché sous le nom de ‘l’Agence juive’ dénomination officielle de l’État en germe et partenaire officiel de la SDN. 13 A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les sionistes ont harcelé l’Angleterre pour mettre fin à son Mandat, et passer à l’étape supérieure et finale du projet sioniste : la reconnaissance d’un État juif par une instance internationale. C’est dans ces conditions que l’idée d’un ‘partage’ a vu le jour, même si elle avait déjà été proposée dans le Rapport Peel du 7 juillet 1937, et vite rejetée par les
sionistes. En 1945-47, un ‘partage’ a un tout autre sens dans les conditions fort avantageuses de l’après guerre où le sionisme est devenu une force irrésistible en terre de Palestine et même sur le plan international. D’abord, la victoire alliée pouvait donner l’apparence d’une victoire du sionisme, puisque Hitler avait fait de la question juive un point de fixation dans son idéologie. De même le sionisme a bénéficié – indûment d’ailleurs – du mouvement de sympathie suite aux persécutions antisémites nazies et à la découverte des horreurs dans les camps allemands (rappelons que les sionistes n’avaient rien fait, tout au contraire, pour empêcher ces persécutions). Mais il y avait aussi un renforcement sans précédent de la puissance organisationnelle politique et diplomatique du sionisme depuis les années trente, notamment avec l’ouverture en 1929 de l’Agence juive aux ‘non-sionistes’, et la création du Congrès juif mondial en 1936, réalisant une identification organique du judaïsme au sionisme. Sur le terrain, en Palestine, après vingt-cinq ans de croissance sous la protection et avec l’aide de la puissance mandataire, l’Agence juive, organe officiel du sionisme en Palestine, était en passe d’ébranler la puissance mandataire elle-même, sa protectrice attitrée. C’est dire qu’en 1947, le ‘Foyer’ était même en mesure de tenir tête aux armées arabes peu entraînées et dépourvues du matériel de guerre venant du monde
entier dont ont bénéficié les sionistes. Quant à la population palestinienne, elle a été progressivement affaiblie et disloquée par des décennies de colonialisme impitoyable, outre le fait qu’elle était une laissée pour compte de la puissance
mandataire, toute préoccupée par la réalisation de son mandat : l’établissement du ‘Foyer national juif’. Le ‘partage’, une ruse de guerre ? Il est donc parfaitement logique dans ces conditions que le mot d’ordre de ‘partage’ ait résonné de façon plus agréable aux oreilles sionistes qu’en 1937. Car il signifie désormais : transformation du ‘Foyer’ en ‘État’. Quant aux limites géographiques de cet État, cela pose un problème secondaire, et ce à deux titres. D’une part, sur le plan stratégique, l’État juif naissant reste toujours le produit d’une décision majeure des grandes puissances d’édifier une souveraineté
politique occidentale sur une terre hautement stratégique. Les limites de cet État sont celles de la bonne volonté des commanditaires du projet. Ce sont ces derniers qui ont défini le tracé géographique de l’État dit ‘juif’ et ce sont eux qui pourront le modifier en cas de besoin ou à la faveur d’une guerre. 14 D’autre part, la partie du territoire effectivement allouée en 1947 à l’État juif, non seulement était surdimensionnée par rapport à la population juive trois fois moins importante que la population autochtone, mais elle représente la partie la plus riche de la Palestine à tous points de vue, y compris sa position essentiellement côtière. L’on a laissé aux autochtones l’arrière pays rural, pauvre et désormais peu
accessible à la mer. Le ‘partage’ géographique n’a fait qu’officialiser l’oeuvre de colonisation entreprise sous le Mandat britannique, reléguant les Palestiniens dans l’arrière-pays. En fait, l’idée était que la partie allouée aux Arabes de Palestine était vouée à se fondre avec un pays limitrophe arabe pour pouvoir être économiquement viable. C’est ce que dit le Mémorandum en date du 14 janvier 1947 déjà cité, préparé par la Division des Affaires du Proche-Orient au Département d’État américain, qui évoque une « solution à travers une partition faisable de la Palestine en un État arabe qui pourrait joindre un État arabe voisin, et un État juif contrôlant sa propre immigration et sa politique économique. » [in Foreign Relations of the US 1947, vol. 5, Washington, 1971, p. 1005.] Cette doctrine ‘marginaliste’ américaine – allouant aux Palestiniens ce qui reste comme terre une fois les juifs servis, a été avancée très sérieusement dès 1920 par Marcel Bernfeld, un théoricien sioniste dans une thèse de doctorat en Droit soutenue à la Faculté de Droit de Paris, où il dit que le droit de la population palestinienne « ne peut venir qu’après le droit du peuple juif à restaurer l’antique État palestinien. Le droit de la population arabe est pour ainsi dire un droit de second degré, ce qui veut dire que la Palestine ne constituera ni un État arabe, ni peut-être un État arabo-juif, mais un État juif dans lequel les Arabes devront certainement jouir du maximum de liberté en tant que groupement national. », [Marcel Bernfeld, Le Sionisme, étude de droit international public, Thèse, Paris, 1920, p. 391.] Cette conception ‘marginaliste’ des droits des Palestiniens n’est évidemment qu’un euphémisme de circonstance, celle d’une soutenance de thèse. Ben Gourion, lui, n’a pas eu à soutenir de thèse devant un jury. Son langage était plus direct, laissant entendre, quatre jours après le vote du partage, que même la décision d’accorder une portion de terre aux Palestiniens n’était que momentanée : Même un élève sait qu’il n’existe pas dans l’histoire une chose telle qu’un arrangement définitif’ : ni pour ce qui est du régime politique, ni des frontières, ni
des conventions internationales. » [“Every school child knows that there is no such thing in history as a final arrangement -- not with regard to the regime, not with regard to borders, and not with regard to international agreements”, Ben Gurion,
War Diaries, 03/12/1947, in Simha Flapan, The Birth of Israel: Myths and Reality, New York, 1987, p.13.] Et Ben Gourion d’avouer plus explicitement le sens de la ‘partition’ à la veille de la création de l’État d’Israël : “Après la constitution
[prochaine] d’une importante armée à la veille de l’établissement de l’État [juif], 15 nous allons abolir la partition et nous étendre sur toute la Palestine”, [in Simha Flapan, The Birth of Israel: Myths and Reality, New York, 1987, p. 22.]
C’est dire que le ‘partage’ promu par l’ONU n’était qu’une ruse de guerre. En fait, dire que l’on accorde aux Arabes ce qui reste après avoir servi les soi-disant ‘juifs’, revient à la position de Ben Gourion consignée dans le secret de son journal
intime : ne rien accorder aux Arabes, le reste n’est que du vent. En somme, et en toute logique, l’État ‘juif’ est en contradiction historique, politique, géographique, économique et stratégique avec un État arabe réduit à une
vue de l’esprit, à un ‘État’ virtuel ou fantomatique qui ne peut exister au mieux qu’en marge de l’État juif. La ‘partition’ était en soi une illusion tout comme l’alinéa de la Déclaration Balfour consacré à la préservation des ‘droits’ non
politiques des Arabes : un voeu pieux. Nous pouvons même dire que la définition la plus exacte de la ‘partition’ de 1947 se trouve indiquée dans la Déclaration Balfour, quand elle évoque les droits des Arabes palestiniens, précisément : le ‘partage’ de 1947 n’a pas été conçu contre ou aux dépens du projet - devenu réalité - d’un ‘Foyer national juif’, mais bien au contraire, ce ‘partage’ en a été une consécration politique. Le ‘partage’ couronne le projet Balfour, sans le trahir. Et si les droits – non politiques – alloués aux Palestiniens par la Déclaration Balfour consacrent leur effacement politique sur leur propre sol, le ‘partage’ qui leur alloue un ‘État’ consacre politiquement leur marginalité politique, économique, stratégique, etc., telle qu’elle a été conçue et mise en oeuvre sous la tutelle britannique. Une guerre préméditée Sans parler des sionistes qui dès 1945 ont commencé à acheminer des quantités d’armes en Palestine en vue de la grande bataille projetée avant même la ‘résolution’, les États-Unis d’Amérique étaient bien conscients que leur projet allait déclencher la guerre au Proche-Orient. Dans un document secret de la Division des Affaires du Proche-Orient du Department of State américain en date du 14 janvier 1947 signé par Fraser Wilkins, il a été reconnu que « La population arabe de la Palestine dépasse celle des juifs dans un rapport de deux à un. Les Arabes en Palestine et dans les pays voisins sont opposés à la partition de la Palestine et à la domination juive sous toute forme. » [Memorandum by Mr. Fraser Wilkins, Department of State, in Foreign Relations of the US 1947, vol. V, Washington, 1971, p. 1004, §4.] Huit mois plus tard, la même source revient sur la ‘Question de la Palestine’ dans un nouveau Memorandum en date du 30 septembre 1947, où sous la rubrique ‘Considérations de base’, il a été constaté ceci : « Il est probable que les États arabes vont rejeter toute solution de création d’un État ou province juive, ou qui permette une immigration supplémentaire en Palestine ; il est possible qu’ils se
retireront des Nations Unies au cas où de telles solutions seront adoptées. Il est fort à parier que toute solution équivalente à une indépendance immédiate [accordée à 16 la colonie juive de Palestine] ne puisse récolter la moindre adhésion des États arabes, ne les prévienne d’un retrait des Nations Unies, et ne constitue un prélude à un conflit armé au Proche-orient. » [Memorandum du Department of State, in Foreign Relations of the US 1947, vol. V, Washington, 1971, p. 1169.] En somme, les grandes puissances qui ont poussé vers la soi-disant ’solution’ de la ‘question’ de la Palestine, étaient parfaitement conscientes qu’elles ne faisaient qu’allumer le feu de la guerre dans la région, et dans le monde arabomusulman.
Les documents cités montrent que les États-Unis étaient décidées à passer outre la menace possible du retrait d’une majorité des membres de la toute nouvelle ONU suite au partage projeté. Dans un document du Quai d’Orsay, l’on a même envisagé l’hypothèse d’une solution par le ‘massacre’ des populations. Ainsi écrivait Alexandre Parodi, représentant de la France aux Nations Unies, quatre mois après le vote de la résolution dite de ‘partage’ de la Palestine, dans un télégramme adressé à son Ministre de tutelle : « A vrai dire, il y a une autre solution possible, que l’on peut concevoir et qui est celle d’un massacre général. Bien entendu, personne ne peut l’admettre, et je pense d’ailleurs que s’il devait y avoir, au-delà des luttes actuelles qui sont déjà si douloureuses, des massacres étendus, ils aboutiraient encore finalement à un accord. » [Archives MAE 396/73, doss. 9 ; Palestine Levant 44-65, Télégramme de la Représentation de la France aux Nations Unies, New York, le 31 mars 1948.] Neuf jours après cette curieuse suggestion, le massacre de Deir Yassine eut lieu, faisant suite à d’autres massacres et donnant le signal à d’autres encore plus massifs. Les architectes de la résolution du ‘partage’ se rendaient bien compte de la logique sanguinaire de leur décision de ‘partage’ et des guerres qu’elle allait fatalement engendrer. Ces guerres continuent de nos jours cinquante huit ans après la légitimation de l’État ‘juif’, et quatre-vingt huit ans après la déclaration Balfour en 1917. Cette guerre coloniale touche aujourd’hui plusieurs centaines de millions de personnes à travers notre planète, au-delà même des pays arabo-musulmans. 17
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